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Docteur Warnier & Miss Eugénie

La Montagne, 12 juillet 2010, par Roland Duclos.

Quand la gynécologie accouche d’une soprano : ne manquez pas le docteur Eugénie Warnier vendredi au festival international d’Opéra baroque de Beaune dans le Magnificat BWV 243 et la Messe en si de Bach !

Comment devenir cantatrice quand on a un petit filet de voix, que les conservatoires vous disent que vous avez passé la date de péremption pour prétendre à une carrière de diva et que votre famille s’étrangle en apprenant cette lubie contre nature ? Une folie qui tire un trait sur tout un brillant parcours universitaire. Eugénie Warnier flamboyante Vierge du Soleil dans Thamos, Roi d’Egypte de Mozart faisait l’événement samedi dernier à Beaune.

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Docteur Warnier & Miss Eugénie

Adieu Hippocrate !

Diplômée de médecine et heureuse de l’être après un parcours sans faute, elle prend soudain conscience qu’il lui manque quelque chose. « Je ne savais pas trop quoi. Je m’ennuyais, il y avait un truc qui n’allait pas… » Pourquoi ne pas prendre des cours de chant se dit le docteur Warnier ? Miss Eugénie se voit même reine de la pop. La Star Ac expédie aux orties le serment d’Hippocrate ? Adieu la vocation ! « Je n’étais pas corps et âme pour ce métier. La vraie difficulté n’est pas d’apprendre la médecine mais de l’exercer. Cela demande un courage et une sérénité que je n’ai pas. » Holà docteur Warnier, mais le chant n’exige pas autre chose ! « C’est vrai , mais je suis dans un schéma un peu complexe où j’ai toujours besoin de challenges. » Et apprendre le chant à 25 ans n’est pas le moindre. « De toute façon il fallait que je le fasse. Presque une question de vie ou de mort. Une voie qui s’imposait à moi. »

Tout est allé très vite, « j’ai participé à des académies ouvrant la scène à des jeunes chanteurs. C’est un peu comme l’apprentissage de la médecine : vous être immédiatement sur le terrain. » Petite voix deviendra grande ! « Comme le vin, elle demande du temps pour parvenir à maturation. Aujourd’hui on chante trop jeune, avant d’être prêt. J’avais peut être une voix naturelle, mais dépourvue de caisse de résonance : un violon avec seulement des cordes. J’ai dû beaucoup travailler. »

Débuter le chant après 25 ans, l’âge limite où la voix se structure ? Une folie ! « J’ai dû taper du poing sur la table pour être admise au Conservatoire de Paris : « Laissez-moi ma chance, je peux le faire. »

Accouchements :

Son timbre, et des dons incontestables plaident en sa faveur. Mais l’internat de chirurgie gynécologie-obstétrique et ses 120h par semaine s’avèrent difficilement compatibles avec une quelconque activité. « J’annonce alors à mes parents que je serai chanteuse en faisant de la biologie pour gagner ma vie. » Grand blanc. Aujourd’hui ? Ils sont ravis ! Miss Eugénie confesse juste un petit regret : « La chirurgie est la seule chose qui me manque. J’aimais beaucoup faire des accouchements. Pour la beauté du geste », avoue le docteur Warnier qui reprend soudain l’ascendant. « Cela peut paraître curieux, mais la chirurgie est magnifique de précision ». Intarissable sur le sujet, il semble inutile de vouloir la contrarier. Et puis le chant est plus présent qu’on ne le croit : « Il y a énormément des similitudes entre la gynécologie-obstétrique et la voix. Les deux sont très liés, intriqués. On y retrouve tout un travail sur le corps, jusqu’au cri primal ! » Quand à savoir qui, du docteur Warnier ou de Miss Eugénie, passait prémonitoirement les Nuits d’été de Berlioz pendant les accouchements… Seule certitude qui fait toujours le bonheur de la soprano : « Les parents voulaient tous acheter le disque en souvenir… »

La Montagne, 12 juillet 2010, par Roland Duclos.

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